samedi 12 avril 2008
Confiance ...
Je suis tombée sur une note de Pierre qui m’a beaucoup « causé » ! :-)
Ça me donne envie de chercher à y « répondre » (pour ce qui me concerne)... pour m’aider à peut-être mieux cerner mes attentes...
« Qu'est-ce que la confiance ? Attitude a priori généreuse, l'est-elle toujours ? Cela dépend vers qui elle est tournée : la confiance peut être un don que l'on fait à l'autre, ou une dette qu'on lui impose à son insu. Faire confiance à quelqu'un, au delà du "cadeau" qu'on lui fait, c'est parfois transposer sur lui notre attente qu'il ne nous déçoive pas. »
Je n’avais jamais réalisé à quel point la confiance peut être un « cadeau » empoisonné. je ne crois pas donner ma confiance puisque j’accepte ce qu’on me dit (comme vérité de la personne) sans pour autant le croire aveuglément. En revanche, je ressens de la confiance en quelqu’un. Et dans ces cas là, je baisse mes défenses.
Mais au final, ma conception de la confiance et celle que je pratique n’est pas aussi « responsabilisante » que celle que pratique les gens plus communément. Parce qu’il est vrai, d’après ce que j’observe dans les relations d’autrui, que souvent, les gens sont « déçus ». D’ailleurs le verbe « décevoir » est très souvent utilisé à notre époque, je trouve. Personnellement, les gens ne me déçoivent pas... parce que je n’attends rien d’autre d’eux, que ce qu’ils sont. Et je n’ai pas la prétention de leur demander de répondre à mes attentes. J’estime que c’est à moi de gérer ce que j’attends de la vie et des autres... et non aux autres. Ce qui signifie que si quelqu’un ne me correspond pas, je ne vais pas m’acharner contre vents et marées ! Il peut m’arriver à certaines occasions de m’accrocher à quelqu’un... mais dès que je découvre que ce quelqu’un n’est pas celui dont j’ai envie... je ne l’ennuie plus. Soit, je m’adapte à ce qu’il est, soit je lui fiche la paix.
Mais j’ai une sainte horreur de cette expression « tu me déçois », qui pour moi est un summum d’égoïsme, d’égocentrisme et de fierté mal placée. J’estime que les autres ne nous doivent rien (de façon générale, bien sûr) et qu’ils ne sont donc nullement obligés de nous donner ce que nous aimerions. S’ils décident de le faire, c’est leur problème et leur volonté propre... mais je ne vois pas de quel droit on le leur demanderait. Ce qui ne dispense pas, à mes yeux, d’expliquer nos attentes, non plus. Mais pour moi, l’exigence ne doit pas faire partie de la confiance.
« Autrement dit, la confiance donnée correspondrait, dans ce cas, à une attente, largement inconsciente, que l'autre se conforme à mes désirs. Désirs inexprimés, idéalisés faute de confrontation à sa réalité. Cette confiance-là serait donc piégée. Pour l'autre... et pour soi. Pour la relation, au final. L'idéal attendu s'achevant inévitablement dans la désillusion de la triviale réalité des différences. »
Ma lucidité et ma façon de chercher à voir les gens comme ils sont et non comme je voudrais qu’ils soient, m’aident énormément à ne pas m’attacher à des images. Contrairement à la réaction de beaucoup de gens... les autres ne me déçoivent pas, parce que je ne mets pas d’espérance folle en eux. De plus, je ne cherche pas non plus à placer à tout prix ma confiance en qui que ce soit. Je crois que pour cette raison, je ne mets pas non plus trop de pression sur les gens... à moins qu’ils ne s’en mettent tout seul en imaginant des trucs à mon propos. Je me retrouve donc parfois en face de gens qui pensent qu’ils n’ont pas ce qu’il faut pour me plaire ou me satisfaire. C’est stupide, bien que je reconnaisse qu’ils ne peuvent pas toujours savoir comment je fonctionne... et bien souvent, il faudrait que je l’explique parce que quelque chose me dit que mon fonctionnement ne doit pas se retrouver souvent...
Et c’est aussi stupide de ma part de trouver ça stupide puisque j’ai tendance, moi-même, à penser de cette façon... en me disant d’avance, que je n’ai sans doute rien à apporter aux autres et que je m’éloigne parfois d’eux pour cette raison
Le fait que je ne pense pas en terme de confiance permet plus de liberté aux gens, avec moi. Tout simplement parce que si j’apprends qu’ils me mentent, je n’ai pas le réflexe si communément observé de les rejeter en bloc. Je pars du principe que si on ment, c’est qu’on a ses raisons... et que même si je peux parfois souffrir d’un mensonge, le fait de le comprendre me fait le pardonner sans gros problème... voir sans problème du tout.
Personnellement quand on me dit ou me raconte quelque chose, j’ai tendance à le croire et on pourrait donc me penser naïve... ce que je suis à ma manière. En revanche, je garde toujours à l’idée que l’autre peut me mentir de façon volontaire ou non... et que ce qu’il dit n’est qu’une idée de la vérité ou que c’est un énorme mensonge. C’est en ça, que je ne suis pas naïve du tout et que je suis même une des personnes les plus méfiantes que je connaisse ! C’est aussi pour cette raison que je suis fort peu déçue ou entourloupée !
En y pensant, je me demande si je ne dois pas cette particularité à ma mère. Elle m’a habituée à ne pas faire confiance à ce qu’on me dit pour me faire une opinion valable de la réalité. Etant donné qu’elle déforme tout, j’ai du apprendre à séparer le vrai du faux en fonction de petits éléments du discours ou du comportement et surtout que le tout soit vraisemblable.
« Et à qui est-il tentant d'en vouloir ? Le chemin de la facilité s'ouvre en grand : c'est la faute de l'autre ! Déception, sentiment de trahison, amertume, mais rarement retour sur soi et la responsabilité qui nous incombe. »
De la même façon, quand une relation foire, pour une raison ou pour une autre, je n’ai pas tendance à tout rejeter sur l’autre mais à considérer les « responsabilités » de chacun. Je mets le mot responsabilité entre guillemets parce que ce n’est pas une responsabilité réelle. Tout le monde est différent... et on doit tenir compte de ces différences dans toute forme de relation. C’est souvent ces différences de point de vu et de fonctionnement qui font qu’on ne peut pas espérer une totale communion avec qui que ce soit. Et il est vrai que bien souvent, on aimerait se retrouver dans l’autre... mais l’autre n’est forcément pas nous et on se heurte toujours à ces différences. Donc quand il y a un différent, je ne rejette pas la faute sur autrui sous prétexte qu’il n’a pas fait ce que j’attendais de lui. Je pense aussi que ce que j’attendais de lui n’était pas réaliste. Et je reste toujours persuadée, que quand une relation se porte mal, c’est de la « faute » des deux. Il serait bien trop simple de n’accuser qu’un des deux de tous les maux... et surtout, ça n’a rien de réaliste. Même dans le cas où l’un des deux joue une « vacherie » flagrante à l’autre... je pars du principe qu’il a ses raisons... et que même si l’autre n’y est pour rien... on peut parfois le comprendre. L’excuser est un autre problème. Quand on se heurte aux différences, il nous reste le choix de les accepter ou de rompre, aussi.
« Apparaît notre propre désillusion face à ce que l'on avait imaginé de l'autre. Et fatalement le manque absurde de cet autre qui n'est plus là où on le croyait... et n'y a peut être jamais été. »
C’est vrai que d’après ce que j’observe, peu de gens regardent les autres tels qu’ils sont mais les habillent plutôt de leurs espoir de trouver le « partenaire idéal » qui, bien sûr, n’existe que dans leur imagination. C’est peut-être le mythe du prince charmant et de la princesse qui l’attend sagement en filant son coton, faisant le ménage, dormant, brodant, etc...
Ils sont voués à la déception assurée dans toutes leurs relations... sauf si pour une raison ou une autre, la magie fonctionne... et surtout s’ils arrivent à s’adapter à l’autre et évoluer dans un même sens.
Je suis toujours effarée par la façon qu’ont les gens de vouloir à tout prix que l’autre ne les déçoive pas. Je me dis à chaque fois, que dans ce fonctionnement, eux aussi, vont assurément décevoir quelqu’un... mais pour eux, les choses ne fonctionnent que dans un sens.
Ainsi, un ami de GM que j’entends parfois parler des femmes, me fait l’impression d’évoluer dans un monde imaginaire qui ressemble à des contes de fée. Il est tellement exigeant dans son attente des femmes, que je me dis que soit il sera éternellement déçu (ce qui est le cas jusqu’à maintenant), soit il sera obligé de rester aveugle pour ne pas voir que la femme qu’il aime n’est qu’une théorie peu réaliste. Dès lors, je crains qu’il ne reste que la possibilité de tomber amoureux d’une image plutôt que d’une femme réelle.
Et là, je pense à mon mari qui ne me connaît pas le moins du monde et qui semble avoir une image totalement fausse de moi. C’est vrai qu’il m’aime... croit-il. Moi, je sais que ce n’est pas moi qu’il aime.
On peut faire le deuil d’une relation sans renoncer à l’autre. Dans ce cas, il s’agit certainement de faire le deuil de ce qu’on imaginait de l’autre sans pour autant, repousser ce qu’est réellement l’autre, que ce soit dans son caractère ou son comportement avec nous. Ainsi, j’ai fait le deuil d’un type de relation avec GM, sans pour autant le rejeter. Parce que je suis consciente que c’est moi qui espérais quelque chose de lui qui n’était pas la réalité. Et que je n’ai pas de raison de le punir pour ça... de même que je n’ai pas de raison de me punir non plus.
« Il y a bien sûr un autre aspect de la confiance : celle que je peux avoir dans les capacités de l'autre. Cette confiance n'attend rien, mais s'appuie sur ce que je sais, constate, ou perçois de l'autre. La véritable confiance consistera à faire émerger en l'autre une part de lui qu'il ignore. Confiance fondée elle aussi sur des croyances, mais au bénéfice de l'autre sans que je ne cherche à en tirer parti. C'est un « je crois en toi », qui ne serait pas suivi d'un implicite « ne me déçois pas ». »
Ça c’est une confiance dont je n’ai pas fait l’apprentissage. Jusqu’il y a peu de temps, c’est une notion qui restait théorique. Mes parents avaient plutôt le « discours » (non dit) inverse : ce n’est pas parce que je ne crois pas en toi que tu es obligée de me décevoir !
C’est pour ça que quand j’entends Niane me dire que je suis capable de ceci ou cela... ou que j’entends GM me dire que je peux ceci ou cela... je reste un peu... bête ! Pour moi, croire en moi est une notion qui a quelque chose d’aberrant !
De la même façon, s’il m’arrive de ne pas douter que quelqu’un soit capable de ceci ou cela, je n’aurais même pas pensé à le lui dire ou l’encourager. Comme je me sentais incapable de quoi que ce soit et que je considérais tout le monde comme bien plus adapté à la vie que moi, il ne me serais pas venue à l’idée d’encourager quelqu’un qui pour moi, était déjà supérieur...
C’est un raisonnement qui me rendait un peu dure, par le passé parce que je partais du principe que tout ce que je faisais ou pouvais faire, tout le monde pouvait le faire... pour moi, j’étais un peu la base... et donc, quelqu’un qui se montrait incapable de faire ce que je pouvais faire... se révélait vraiment ... « incapable ». J’ai appris depuis que c’est bien moins simple que ça ! Parce que chacun n’est pas capable des mêmes choses... fort heureusement !
Aujourd’hui, je me rends compte de l’importance qu’ont les croyances et ce type de confiance... C’est sans aucun doute ce qui nous « lance » et nous encourage... Ce qui construit (en grande partie) notre confiance en nous-même.
Commentaires
....Pfffff soupir
....
tant d'eau pour notre moulin....
je t'embrasse...fort.
Wow
Belle analyse.
Il est parfois des mots qui tombent au bon moment.
C'est le cas ce soir.
Merci.
Je suis honoré de voir mes réflexions être prolongées par ton propre regard sur la confiance :o)
J'aime bien ce que tu dis de la "base" (référence) qu'on établit d'après nos propres capacités, sans se rendre compte que c'est peut-être trop élevé pour l'autre. On rejoint là la notion de confiance en soi : si on en est insuffisamment pourvu on ne réalise pas qu'on à des potentialités... que d'autres n'ont pas !
miam.